STÈLES: Stèles du bord du chemin
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National History, Volumn 1, Issue 9, 2008
DOI_Journal: 10.3128/nh2008
DOI_Issue: 10.3128/nh200809
DOI_Article: 10.3128/nh20080903a2
Scidea Article No: nh20080903a2.steles.p05bordchemin
Scidea Publishing. Nanjing, Hongkong, CHINA
National History 2008
Victor SEGALEN (1878-1919): STÈLES: Stèles du bord du chemin. National History, 1 (9), nh20080903a2.steles.p05bordchemin (2008).

維克多·謝閣蘭。Stèles 古今碑錄。北堂出版社(北京北堂天主教堂),北京,1912。
Victor Segalen. Stèles 古今碑錄. Pei-t'ang Press (The Pei-t'ang Cathedral), Pékin, Chine. 1912.
Victor Segalen. Stèles 古今碑錄. Beitang Press (The Beitang Cathedral), Beijing, China. 1912.

Victor Segalen. Stèles 古今碑錄: Stèles du bord du chemin.
S43 - S51
S43
Conseils au bon voyageur
行路須知
Ville au bout de la route et route prolongeant la ville : ne choisis donc pas l'une ou l'autre, mais l'une et l'autre bien alternées.
Montagne encerclant ton regard le rabat et le contient que la : plaine ronde libère. Aime à sauter roches et marches ; mais caresse les dalles où le pied pose bien à plat.
Repose-toi du son dans le silence, et, du silence, daigne revenir au son. Seul si tu peux, si tu sais être seul, déverse-toi parfois jusqu'à la foule.
Garde bien d'élire un asile. Ne crois pas à la, vertu d’une vertu durable : romps-la de quelque forte épice qui brûle et morde et donne un goût même à la fadeur.
Ainsi, sans arrêt ni faux pas, sans licol et sans étable, sans mérites ni peines, tu parviendras, non point, ami, au marais des joies immortelles,
Mais aux remous pleins d'ivresses du grand fleuve Diversité.
S44
Tempête solide
陸海
Porte-moi sur tes vagues dures, mer figée, mer sans reflux ; tempête solide enfermant le vol des nues et mes espoirs. Et que je fixe en de justes caractères, Montagne, toute la hauteur de ta beauté.
L'œil, précédant le pied sur le sentier oblique te dompte avec peine. Ta peau est rugueuse. Ton air est, vaste et descend droit du ciel froid. Derrière la frange visible d'autres sommets élèvent tes passes. Je sais que tu doubles le chemin qu'il faut surmonter. Tu entasses les efforts comme les pèlerins les pierres ; en hommage ;
En hommage à ton altitude, Montagne. Fatigue ma route : qu'elle soit âpre, qu'elle soit dure ; qu'elle aille très haut.
Et, te quittant pour la plaine, que la plaine a de nouveau pour moi de beauté !
S45
Éloge du Jade
故君子貴之也
Si le Sage, faisant peu de cas de l'albâtre, vénère le pur Jade onctueux, ce n'est point que l'albâtre soit commun et l'autre rare : Sachez plutôt que le Jade est bon,
Parce qu'il est doux au toucher -- mais inflexible. Qu'il est prudent : ses veines sont fines, compactes et solides.
Qu'il est juste puisqu'il a des angles et ne blesse pas. Qu'il est plein d'urbanité quand, pendu de la ceinture, il se penche et touche terre.
Qu'il est musical : sa voix s'élève, prolongée jusqu'à la chute brève. Qu'il est sincère, car son éclat n'est pas voilé par ses défauts ni ses défauts par son éclat.
Comme la vertu, dans le Sage, n'a besoin d'aucune parure, le Jade seul pour décemment se présenter seul.
Son éloge est donc l'éloge même de la vertu.
S46
Table de sagesse
人無識者
Pierre cachée dans les broussailles, mangée de limon, profanée de fientes, assaillie par les vers et les mouches, inconnue de ceux qui vont vite, méprisée de qui s'arrête là,
Pierre élevée à l'honneur de ce Modèle des Sages, que le Prince fit chercher partout sur la foi d'un rêve, mais qu'on ne découvrit nulle part
Sauf en ce lieu, séjour des malfaisants : (fils oublieux, sujets rebelles, insulteurs à toute vertu)
Parmi lesquels il habitait modestement afin de mieux cacher la sienne.
S47
Terre jaune
上平下亂
D'autres monts déchirent le Ciel, et portant le plus haut qu'ils peuvent les tourments de leurs sommets, laissent couler profondément la vallée.
Ici, la Terre inversée cache au creux des flancs ses crevasses, tapit ses ressauts, étouffe ses pics -- et tout en bas
Les vagues de boue chargées d'or, délitées par les sécheresses, léchées par les pleurs souterrains gardent pour quelque temps la forme des tempêtes.
o
Alors que, supérieure, ignorant les tumultes, droite comme une table et haute à l'égal des cimes, -- la plaine étendue
Nivelle sa face jaune sous le Ciel quotidien des jours qu'elle recueille dans son plat.
S48
La passe
陰陽界
Deux mondes s’abouchent ici. Pour ici monter, quels obstacles ! quelle refoulée des caravanes ! quels gains répétés ! quels espoirs !
M'y voilà, dis-tu ? Souffle. Regarde : à travers l'arche de la Longue-Muraille, toute la Mongolie-aux-herbes déploie son van au bord de l'horizon.
C'est toutes les promesses : la randonnée, la course en plaine, l'ambleur à l'étape infinie, et l'évasement sans bornes, et l'envolée, la dispersion.
o
Tout cela ? Oui. Mais regarde une fois en arrière : l'âpre montée, le rocailleux désir, l'effort allègre et allégeant.
Tu ne le sentiras plus, la Passe franchie. Ceci est vrai.
S49
Stèle des pleurs
墮淚碑
Si tu es homme, ne lis pas plus loin : la douleur que je porte est si vaste et grave que ton cœur en étoufferait.
Si tu es Chenn, détourne-toi plus vite encore : l'horreur que je signale te rendrait lourd comme ma pierre.
Si tu es femme, hardiment lis-moi pour éclater de rire, et oublie à jamais de t'arrêter de rire,
Mais si tu sers comme eunuque au Palais, affronte-moi sans danger ni rancune, et garde le secret que je dis.
S50
Les mauvais artisans
雖則七襄不成報章
Ce sont, dans les vingt-huit maisons du Ciel ; la Navette étoilée qui jamais n’a tissé de soie ;
Le Taureau constellé, corde au cou, et qui ne peut traîner sa voiture ;
Le Filet myriadaire si bien fait pour coiffer les lièvres et qui n'en prend jamais ;
Le Van qui ne vanne pas ; la Cuiller sans usage même pour mesurer l'huile !
Et le peuple des artisans terrestres accuse les célestes d'imposture et de nullité.
Le poète dit : Ils rayonnent.
S51
Stèle du chemin de l'âme
太祖文皇帝之神道(* 文字呈左右鏡像對稱)* NH Notes
Une insolite inscription horizontale : huit grands caractères, deux par deux, que l'on doit lire, non pas de la droite vers la gauche, mais à l'encontre, — et ce qui est plus,
Huit grands caractères inversés. Les passants clament : « Ignorance du graveur ! ou bien singularité impie ! » et, sans voir, ils ne s'attardent point.
o
Vous, ô vous, ne traduirez-vous pas ? Ces huit grands signes rétrogrades marquent le retour au tombeau et le CHEMIN DE L'ÂME, — ils ne guident point des pas vivants.
Si détournés de l'air doux aux poitrines, ils s'enfoncent dans la pierre ; si, fuyant la lumière, ils donnent dans la profondeur solide,
C'est, clairement, pour être lus au revers de l'espace, — lieu sans routes où cheminent fixement les yeux du mort.